D.4. Philippes
Arrivée à Philippes
Ainsi écrit St Luc :
Nous gagnâmes Philippes, cité de premier rang de ce district de Macédoine, et colonie. Nous passâmes quelques jours dans cette ville (Ac 16,12).
Les « quelques jours » mentionnés par Luc montrent que Paul et ses compagnons arrivent en semaine puisqu’ils attendent le sabbat pour entrer en contact avec les Juifs. Ils découvrent cette grande ville de Macédoine, se demandant certainement comment allait se traduire le songe de Paul à Troas : un Macédonien avait appelé Paul au secours.
Sur les pas de Paul
Philippes
Arrivée à Philippes
La Via Egnatia
Le grand théâtre
L'Agora
Maisons près de l'agora
Une rue de marché
Latrines publiques
Stèle du nom de « Philippes »
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Philippes
Vue d’ensemble du site de Philippes, dans Google Earth. -
Une rue de marché
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Latrines publiques
C'est lieu où, dans l'antiquité, on aimait prendre du temps, pour bavarder. -
Stèle du nom de « Philippes »
Cette stèle évoque l’étymologie du nom de « Philippes » : « Qui aime le cheval »
Voici un survol par drone de la zone archéologique de Philippes
Conversion de Lydie
Le sabbat venu, le groupe de missionnaires se dirige vers une rivière qui coule à l’ouest de la ville. C’est là que Paul pense trouver un lieu de prière où se réunissent les Juifs.
Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, nommée Lydie, nous écoutait : c’était une négociante en pourpre, de la ville de Thyatire : elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul. Après avoir été baptisée ainsi que les siens, elle nous fit cette prière : « Si vous me tenez pour une fidèle du Seigneur, venez demeurer dans ma maison. » Et elle nous y contraignit. (Ac 16,13-15)
On peut être étonné que Paul ses compagnons s’adressent aux femmes. Est-ce dû aux circonstances ? Ou bien y a-t-il, soit une volonté de Paul, soit un désir de ces femmes de dialoguer avec ces étrangers ? Les lettres de Paul montreront, en tout cas, qu’il va se lier d’amitié avec plusieurs, et qu’il est bien loin de la réputation de misogynie qu’on lui a faite, à partir de quelques versets mal interprétés.
Parmi ces femmes de Philippes, Lydie, qui « adorait Dieu ». Il est possible que cette expression la désigne comme grecque prosélyte, c’est-à-dire ayant adhéré à la foi juive. Elle était originaire de Thyatire, en Asie mineure (voir la carte). On ne parle jamais de son mari. Si elle en a eu un, il semble mort, puisque c’est elle qui dirige sa maison : à sa conversion, ceux de sa maison se font également baptiser (comme Corneille et sa maison). C’était en tout cas une femme riche, car le pourpre est, dans l’Antiquité, un produit de luxe.
Lydie, touchée par les paroles de Paul, demande le baptême. On peut supposer que le baptême de Lydie et des siens n’a pas eu lieu le même jour que la première rencontre. Le récit a sans doute condensé un événement qui s’est déroulé en plusieurs fois.
On ne sait pas combien de temps a duré le séjour de Paul et de ses compagnons à Philippes. Sans doute quand même un certain temps, puisqu’ils « demeurent » (en grec : méno) dans la maison de Lydie. Ce verbe veut dire : séjourner, s’attarder, continuer à être présent, être retenu.
La rencontre avec Lydie est importante. Cette femme commerçante va ouvrir son réseau de relations à Paul, ce qui lui facilitera les déplacements dans ses voyages. On note aussi que les chrétiens de Philippes sont les seuls dont Paul acceptera une aide financière. Aucun doute que Lydie y participera.
Sur les pas de Paul
Rivière Krenides
Rencontre de Lydie
Baptistère Ste Lydie
Ste Lydie
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Rivière Krenides
Ce cours d’eau sort de terre quelques kilomètres en amont. Il est un lieu de fraîcheur, proche de la ville. C'est là que les Juifs, qui n'avaient pas de synagogue à Philippes, se réunissaient. -
Rencontre de Lydie
Un lieu a été aménagé pour les pèlerins qui viennent faire mémoire de la rencontre de Paul avec Lydie, et de son baptême dans cette même eau.
Voici une belle présentation (en anglais) du baptistère Ste Lydie, un lieu hautement symbolique : ici a été baptisée la première européenne de l’histoire.
Emprisonnement de Paul et Silas et conversion du geôlier
Paul et ses compagnons restent un certain temps à Philippes, jusqu’à ce que survienne un incident important que nous rapporte St Luc.
Ils rencontrent une femme ayant un esprit divinateur, qui leur casse les oreilles en répétant sans cesse, et pendant plusieurs jours, qu’ils sont les serviteurs du Dieu Très-Haut. Paul, « excédé », prononce un exorcisme, et la femme est libérée de l’esprit qui lui donnait son pouvoir de divination.
Les maîtres de la femme, des Romains (Ac 16,20-21), sont furieux. Paul et Silas sont traînés sur l’Agora, battus de verges et jetés en prison, les pieds pris dans des ceps.
« Vers minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu : les prisonniers les écoutaient. Tout à coup, il se produisit un si violent tremblement de terre que les fondements de la prison en furent ébranlés. A l’instant, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les prisonniers se détachèrent. Tiré de son sommeil et voyant ouvertes les portes de la prison, le geôlier sortit son glaive : il allait se tuer, à l’idée que les prisonniers s’étaient évadés. Mais Paul cria d’une voix forte : « Ne te fais aucun mal, car nous sommes tous ici. » Le geôlier demanda de la lumière, accourut et, tout tremblant, se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Puis il les fit sortir et dit : « Seigneurs, que me faut-il faire pour être sauvé ? » Ils répondirent : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et les tiens. » Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison. Le geôlier les prit avec lui à l’heure même, en pleine nuit, lava leurs plaies et sur-le-champ reçut le baptême, lui et tous les siens. Il les fit alors monter dans sa maison, dressa la table, et il se réjouit avec tous les siens d’avoir cru en Dieu. » (Ac 16,25-34)
Ce récit est hautement symbolique. Paul et Silas sont libres intérieurement, et chantent les louanges de Dieu, tandis que le geôlier est prisonnier de son ignorance de Dieu et veut se donner la mort. Paul et Silas sont éveillés et chantent à minuit. Au cœur des ténèbres, leur cœur est dans la lumière. Mais le geôlier dort, puis doit demander de la lumière.
Le geôlier reçoit le baptême, puis on dresse la table (de l’eucharistie). Le fruit de tout cela est la joie qui est donnée à lui et toute sa maison.
Les souffrances des Apôtres, leur emprisonnement, les ténèbres, le tremblement de terre, la lumière au cœur de la nuit, tout cela évoque fortement la Pâque du Christ. Paul et Silas souffrent à l’image du Christ, et la conversion du geôlier et de sa famille est un fruit de la Résurrection et de la Pentecôte tout ensemble.
Quand il fait jour, les autorités de la ville veulent relâcher Paul et Silas, qui refusent de sortir en cachette après avoir été battus en public. Ils révèlent alors leur qualité de citoyens romains, ce qui fait comprendre aux stratèges qu’ils ont outrepassé leurs droits. Notons que Silas aussi avait la citoyenneté romaine.
Paul et Silas reviennent chez Lydie, rassemblent tous ceux qui sont devenus croyants pour les exhorter, puis partent de Philippes par la Via Egnatia.
Ici prend fin, dans les Actes des Apôtres, cette première portion de récit en « nous ». Luc n’a pas été pris à parti avec Paul et Silas. Il est donc probable qu’il reste à Philippes.
C’est d’ailleurs à Philippes que reprendra une autre portion de récit en « nous », au retour du 3e voyage missionnaire de Paul. Peut-être est-il resté tout ce temps dans cette ville ? Il n’est pas interdit de penser que le « Théophile » à qui Luc dédie son Évangile et les Actes des Apôtres pourrait être philippien. Ce n’est que pure hypothèse.
Sur les pas de Paul
La prison de Paul et Silas
Mémoire de la libération divine
Eglise du 5e siècle
Baptistère cruciforme
Basilique fin 5e siècle
Basilique 6e siècle
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Mémoire de la libération divine
Ci-dessous, le cachot où l’on fait mémoire de l’intervention libératrice de Dieu, qui a conduit le geôlier et sa famille à la foi. -
Eglise du 5e siècle
Le christianisme s’étant profondément implanté à Philippes, on peut y voir les restes de plusieurs monuments chrétiens construits dans les siècles suivants. À l’est de l’Agora, on trouve une église octogonale du 5e siècle. Cette église est bâtie sur le site d’une chapelle plus ancienne, construite par l’évêque Porphyrios (312-342). Un morceau de mosaïque mentionne la dédicace de cette église : « Porphyrios, évêque, a fait la mosaïque de la basilique de Paul dans le Christ. » -
Baptistère cruciforme
À côté de cette basilique octogonale se trouve un baptistère en forme de croix. Il donnait sur la Via Egnatia par une grande porte.
D. 2e voyage missionnaire
La ville de Philippes
La ville de Philippes a été fondée en 356 avant JC, par le roi de Macédoine, Philippe II, père d’Alexandre le Grand. Il s’agissait de contrôler les mines d’or voisines, dans les collines de Pangaion, ainsi que la route stratégique qui deviendra plus tard un bout de la Via Egnatia. Ces deux aspects contribueront à la richesse de la ville.
En 42 avant JC, après l’assassinat de Jules César, ses héritiers, Marc Antoine et Octave (le futur empereur Auguste), affrontent les partisans de la république Junius Brutus et Cassius Longinus dans une double bataille qui se déroule dans la plaine à l’ouest de la ville. Après leur victoire, la ville devient colonie romaine, dotée de privilèges, sous le nom de « Colonia Augusta Julia Philippinsis », et où s’installent une partie des vétérans de l’armée, fiers d’arborer leur qualité de citoyens romains. C’est peut-être en référence à cela que Paul écrit, dans sa lettre aux Philippiens : « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ » (Ph 3,20).
Plus tard, St Polycarpe, évêque de Smyrne écrira une lettre adressée à la communauté chrétienne de Philippes, vers 160 après JC, faisant allusion à St Paul : « Ni moi ni un autre tel que moi ne pouvons approcher de la sagesse du bienheureux et glorieux Paul, qui, étant parmi vous, parlant face à face aux hommes d’alors enseigna avec exactitude et avec force la parole de vérité, et après son départ vous écrivit une lettre; si vous l’étudiez attentivement, vous pourrez vous élever dans la foi qui vous a été donnée »
La première église attestée dans la ville, la basilique de Paul, est datée de 343. C’est l’un des premiers édifices d’Europe, construit en plein cœur de la ville. D’autres basiliques seront bâties dans la suite.
La ville de Philippes sera presque entièrement détruite par un séisme, en 619.
Stratèges et licteurs
Un stratège (du grec ancien stratègos) est un officier militaire supérieur. Il peut également être membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté.
Dans la Rome Antique, les licteurs (en latin classique : lictor, -oris au singulier, lictores, -orum au pluriel) constituent l’escorte des magistrats qui possèdent l’imperium, c’est-à-dire le pouvoir de contraindre et de punir.
La pourpre
Colorant sécrété par les pourpres, ou Murex, mollusques gastéropodes marins.
Pour extraire le colorant, les Anciens cassaient la coquille des murex et laissaient macérer les mollusques dans des bassins. La teinture ainsi obtenue pouvait varier du rose au violet en passant par le cramoisi au moyen de différents procédés, parmi lesquels le séchage des tissus au soleil. On a retrouvé des monceaux de coquilles auprès des anciennes teintureries de Tyr et de Sidon, ainsi qu’à Athènes et Pompéi.
En raison de l’inaltérabilité de la peinture et du fait des difficultés de la récolte de l’animal, les étoffes pourprées étaient coûteuses et très estimées. Elles étaient réservées aux vêtements des nobles, des rois, des prêtres et des magistrats. D’autre part, la couleur pourpre, comparable à celle du sang, symbole de vie, devint un signe de puissance temporelle et spirituelle. Ainsi, à Rome, sous la République, les commandants en chef des armées étaient revêtus du « paludamentum », manteau de couleur pourpre ; la toge, signe de la citoyenneté romaine, était bordée d’une bande de pourpre ; quant à celle des triomphateurs, elle était entièrement pourpre et brodée d’or ; la tunique que portaient les sénateurs sous leur toge était tissée d’une large raie de pourpre, et appelée pour cette raison « laticlave » ; celle des chevaliers comportait une raie plus étroite, et était dite « angusticlave ». Sous l’Empire, le paludamentum fut porté exclusivement par l’empereur, le seul personnage à régner sans partage. Aujourd’hui encore, dans l’Église catholique romaine, la dignité de la pourpre est réservée aux cardinaux.
(Source : Extrait de Encyclopaedia Universalis – Marie GUILLET)
































