D.3. De Troas à Philippes

La vision de Troas

Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien était là, debout, qui lui adressait cette prière : “Passe en Macédoine, viens à notre secours !” Aussitôt après cette vision, nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, persuadés que Dieu nous appelait à y porter la Bonne Nouvelle. (Ac 16,9-10)

Après sa traversée de l’Asie Mineure, Paul et ses compagnons se trouvent à Alexandrie Troas.

Il est possible que le projet de Paul soit de descendre la côte vers le sud, en direction d’Éphèse. C’est en effet dans cette région qu’il comptait initialement se rendre, et c’est l’une des régions les plus peuplées de l’empire romain, donc très intéressante pour l’évangélisation.

Dieu va de nouveau intervenir pour influer sur l’itinéraire du voyage.

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Le songe de Paul

Voilà Paul lancé sur les routes de l’Europe.

Le lecteur attentif des Actes des Apôtres remarque que le récit, qui était à la 3e personne (« Paul eut une vision »), passe brusquement à la 1e personne du pluriel : « Nous cherchâmes ». Cela veut dire très clairement que St Luc se joint maintenant au groupe des missionnaires. Comment se trouvait-il à Troas ? La question reste entière. Mais il va suivre Paul à plusieurs reprises dans ses pérégrinations.

 

 

Samothrace

Partant de Troas en bateau, la première étape est l’île de Samothrace, où les voyageurs passent la nuit. La distance de Troas à Samothrace est de 104 km.

 

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La “Victoire” de Samothrace – Musée du Louvre

Cette île, dont le sommet culmine à 1500 m d’altitude, est peuplée depuis la plus haute Antiquité par des peuples d’origines diverses, dont certains venant de Thrace et d’autres de l’île de Samos, d’où le nom de Samothrace.

Selon la mythologie grecque, Dardanos, fondateur de la ville de Troie, en est originaire. C’est aussi du sommet de l’île que Poséidon (dieu du monde marin) aurait suivi le combat des Grecs et des Troyens. L’île abritait un sanctuaire aux « grands dieux », personnages mystérieux des cultes pré-hellénistiques.

L’ile est aussi connue pour sa fameuse statue de la déesse « Victoire » (qui se trouve maintenant au Louvre). Elle date du 2e siècle avant JC et Paul a pu la voir s’il a eu le loisir de faire quelques pas dans la ville.

L’île est aussi connue à travers la fameuse statue de la déesse « Victoire », datant du 2e siècle avant JC, qui y a été découverte, et que Paul a pu voir s’il a eu le loisir de faire quelques pas dans la ville.

 

 

Néapolis

Au terme de cette 2e partie du voyage, 103 km plus loin, le bateau aborde Néapolis, dont le nom signifie « nouvelle ville ».

Au temps de Paul, la ville de Néapolis constitue le port de la ville de Philippes, où se rendent les missionnaires. Elle se trouve sur le tracé de la Via Egnatia (voir la carte ci-contre), qui reliait Dyrrachium, sur l’Adriatique (le port permettant de passer en Italie), à Byzance, à l’entrée du détroit du Bosphore.

Cette petite vidéo est prise sur la portion de la Via Egnatia entre Neapolis et Philippes. Imaginons Paul et ses compagnons, marchant sur cette voie, puis, quelques heures plus tard, arrivant à Philippes.

La Via Egnatia

La Via Egnatia est l’une des rares voies romaines hors d’Italie à porter un nom. On s’est demandé pendant longtemps quelle était l’origine de cette particularité. Ce n’est qu’en 1974, grâce à la découverte du milliaire de Gallikos près de Thessalonique que la question fut résolue : l’inscription bilingue latin-grec de la borne milliaire portait le nom du plus haut magistrat de la province de Macédoine au moment de la création de la route : Gnaeus Egnatius, proconsul de Macédoine dans la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C., inconnu par ailleurs.

Comme c’est le cas pour la via Domitia en Gaule, le tracé de la via Egnatia correspond plus ou moins à une route préexistante, déjà empruntée par les armées perses, grecques et macédoniennes.

Son caractère stratégique est évoqué par Cicéron, qui, sans la nommer par son nom, parle de « via illa nostra militaris ».

(Source : Wikipedia)

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Saint Luc
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Saint Luc – Grandes heures d’Anne de Bretagne

Selon la Tradition, St Luc serait issu d’une famille païenne d’Antioche de Syrie. Sans doute fait-il partie de cette « foule nombreuse » qui se convertit dès le début de la proclamation de l’Évangile.

Luc est de langue grecque et a fait des études de médecine. Passionné par le Christ et son Évangile, il fait œuvre d’historien du christianisme. Dans le prologue de son Évangile (Lc 1,1-4), il avertit son correspondant, Théophile, qu’il s’est « informé exactement de tout depuis le début » (Lc 1,3).

Dans la ville d’Antioche, il a rencontré des chrétiens de la première heure comme Barnabé, des informateurs du temps de Jésus, comme Manaën, le « camarade d’enfance d’Hérode le tétrarque » (Ac 13,1), celui de la Passion, et certainement bien d’autres témoins.

Mais c’est sans doute entre 58 et 60, pendant que Paul attend dans la prison de Césarée son départ pour Rome, que Luc, en Terre Sainte également, a le temps de mener ses recherches. Il est probable qu’il s’entretient avec le diacre Philippe, avec les chrétiens de Jérusalem, avec Cléophas (celui des « disciples d’Emmaüs »), les Apôtres encore sur place, mais aussi avec les femmes qui ont connu et accompagné Jésus, et surtout Marie, sa mère.

À toutes ces sources d’information, il faut également ajouter quelques textes déjà écrits, puisque Luc lui-même en fait mention (Lc 1,1), comme l’Évangile selon St Marc (rappelons que Marc est passé à Antioche), ou des morceaux de l’Évangile selon St Matthieu.

Pourtant, lorsqu’il écrit les deux tomes de son œuvre (l’Évangile et les Actes des Apôtres), ce ne sont pas d’abord les faits historiques bien ordonnés selon la chronologie qui l’intéressent. Mais c’est le sens des événements qu’il met en lumière parce qu’il  a fait personnellement l’expérience qu’ils sont conduits par Dieu. Son Évangile montre une composition dynamique qui recompose la succession brute des faits historiques en un déploiement de l’œuvre du salut (enfance du Christ, ministère en Galilée, montée à Jérusalem, ministère à Jérusalem, Passion, Résurrection). Il en est de même, sans aucun doute, des Actes des Apôtres (diffusion de l’Évangile de Jérusalem jusqu’à Rome, à travers le ministère de Pierre d’abord, et de Paul ensuite).

Saint Luc est un esprit très fin, cultivé et délicat. Son expérience première de chrétien est sans doute une effusion de l’Esprit Saint qui a changé sa vie et il est celui qui nous en parle le plus, spécialement dans les Actes des Apôtres. Il aime aussi montrer la joie de l’Évangile, qui jaillit de l’amour miséricordieux de notre Dieu.

Médecin lui-même, Saint Luc est le patron des médecins. De sa rencontre avec Marie, la Tradition en a fait le patron des iconographes, puisqu’il a peint le premier portrait de la Mère de Dieu.

Les récits en « nous »

Il est émouvant d’observer que plusieurs passages des Actes des Apôtres sont écrits en « nous ». C’est-à-dire que St Luc les a vécus, et qu’il en témoigne directement. Voici les passages concernés :

  • Ac 16,10-17 (2e voyage, entre Troas et Philippes)
  • Ac 20,5-15 (3e voyage, entre Philippes et Milet)
  • Ac 21,1-18 (3e voyage, entre Milet et Jérusalem)
  • Ac 27,1 – 28,16 (voyage de captivité, entre Césarée et Rome)
  • Il faut peut-être rajouter Ac 11,28. Une version de ce texte des Actes dit : « Comme nous nous trouvions réunis, l’un d’eux, Agabus, se leva… ». Ce texte, qui situe l’action à Antioche de Syrie, est peut-être à l’origine de la tradition qui fait de St Luc un chrétien de cette ville.

Inversement, entre ces passages en « nous », Luc a pu rester en un lieu, ou voyager de son côté, indépendamment de Paul.

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