G.1. L’arrestation à Jérusalem

Rencontre de Jacques

Jérusalem. La ville où le Christ est mort et ressuscité.

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Photo extraite du film « Jérusalem » – Reconstitution de la ville au 1e siècle

L’onde de choc de l’Évangile a porté Paul de l’Arabie à l’Asie mineure, de la Macédoine à l’Achaïe. C’est de Corinthe, justement, qu’il arrive, accompagné d’un groupe de chrétiens qui viennent offrir aux frères de Judée l’argent qui a été collecté depuis des mois pour leur venir en aide.

Le groupe de Paul rencontre alors Jacques et les anciens de l’Église de Jérusalem. Aucun autre apôtre n’est nommé. On peut penser qu’à cette date (nous sommes en 58), ils sont tous partis de cette ville, sauf Jacques qui en est le premier évêque.

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St Jacques, entre St Pierre et St Paul – Icône du patriarcat latin de Jérusalem

Paul est plutôt bien accueilli. Rappelons-nous qu’il est porteur de la collecte, somme importante remise à l’Église de Jérusalem. C’est peut-être pour cela qu’on lui demande de prendre en charge les frais de sacrifice de fin de vœux pour 4 hommes, et de se joindre à eux pour la démarche finale, dans le but de montrer aux Judaïsants, nombreux à Jérusalem, que Paul n’est pas opposé à la Loi de Moïse (voir ci-contre « Le vœu de nazir »).

Jacques semble apprendre à Paul les décisions concernant les païens, décisions mentionnées au « concile de Jérusalem ». Cela étonne, car c’est en contradiction avec Ac 15. On peut y voir un indice du travail de composition de St Luc, dont l’objectif n’est pas d’écrire une chronique historique des événements, mais d’enseigner l’œuvre de Dieu à travers les Apôtres, de Jérusalem à Rome. (cf. C. L’assemblée de Jérusalem)

Dès le lendemain, Paul accomplit la démarche proposée : il entre dans le Temple et annonce le délai de 7 jours de purification au terme duquel il demande que soient offerts les sacrifices pour lui et les 4 hommes désignés.

Nous sommes sans doute dans les jours de la Pentecôte. Paul voulait en effet être à Jérusalem pour cette fête. La fête semble être un bon terme pour les vœux faits par les 4 hommes. Enfin, lors de l’émeute dans le Temple (voir ci-dessous), ce sont des Juifs d’Asie (sans doute d’Éphèse) qui reconnaissent Paul et se mettent à crier. Ils sont sans doute ici également pour la fête de Pentecôte : Luc nous a montré au début de son livre que cette fête attirait à Jérusalem des Juifs de toute la diaspora (Ac 2,5-11).

L’arrestation de Paul

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Arrestation de Paul

Au terme du délai, Paul est pris à parti dans le Temple.

« Les sept jours touchaient à leur fin, quand les Juifs d’Asie, l’ayant aperçu dans le Temple, ameutèrent la foule et mirent la main sur lui, en criant : “Hommes d’Israël, au secours ! Le voici, l’individu qui prêche à tous et partout contre notre peuple, contre la Loi et contre ce Lieu ! Et voilà encore qu’il a introduit des Grecs dans le Temple et profané ce saint Lieu.” Précédemment en effet ils avaient vu l’Éphésien Trophime avec lui dans la ville, et ils pensaient que Paul l’avait introduit dans le Temple. La ville entière fut en effervescence, et le peuple accourut de toutes parts. On s’empara de Paul, on se mit à le traîner hors du Temple, dont les portes furent aussitôt fermées. » (Ac 21,27-30)

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Arrestation de Saint Paul – Sarcophage de Junius Bassus – 4e siècle

Nous avions déjà trouvé mentionné Trophime dans la liste des compagnons de Paul (Ac 20,4).

La cohorte chargée d’assurer l’ordre, et casernée dans la forteresse Antonia, intervient. Paul est lié de deux chaînes, et protégé de la foule en train de le frapper.

Sur l’escalier permettant d’entrer dans la forteresse, Paul demande au tribun, Claudius Lysias, de parler à la foule. Comme Paul s’adresse à lui en grec, le tribun se rend compte d’un coup que Paul n’est pas « l’Égyptien », un agitateur qui a emmené au désert 4000 Sicaires*. Paul lui répond qu’il est de Tarse en Cilicie. Le tribun lui permet alors de parler.

(* Sicaires : Les Sicaires étaient une faction de dissidents juifs extrémistes qui tenta au 1er siècle ap. J.-C. d’expulser les Romains et leurs partisans de la Judée, au moyen de l’assassinat. Cette pratique est sans doute l’une des premières formes de terrorisme politique (source : wikipedia)).

(Voir ci-contre le discours de Paul).

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La lapidation d’Étienne – Cathédrale d’Autun

On retient que Paul adapte son récit à ceux qui écoutent : des Juifs zélés pour la Loi. On découvre aussi qu’un jour, lorsque Paul priait dans ce même Temple, il a eu une extase. Le récit laisserait entendre que cette manifestation du Christ s’est produite lors de sa 1e montée à Jérusalem, avant son départ pour Tarse (Ac 9,26-30).

Un sujet d’étonnement : Paul parle aux Juifs d’Étienne (dont il était d’accord de le mettre à mort), comme s’ils le connaissaient, alors qu’il est mort plusieurs dizaines d’années plus tôt. Qu’est-ce que les Juifs d’alors pouvaient en comprendre ? C’est peut-être une reconstruction de Luc, à l’adresse de ses lecteurs, qui, eux, savent qui est Étienne.

En entendant Paul rapporter que le Christ l’envoie chez les païens, la foule se met à hurler. Les soldats romains font alors entrer Paul dans la forteresse Antonia. Lysias ordonne de le « mettre à la question ». Sur le point d’être flagellé, Paul invoque sa qualité de citoyen romain, qu’il a depuis sa naissance, ce qui lui évite le supplice.

 

Paul devant le Sanhédrin

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Jésus devant le Sanhédrin – Jacques Tissot

Le lendemain, le tribun, qui veut savoir ce qu’on reproche à Paul, décide de le faire comparaître devant le Sanhédrin et les grand-prêtres. Paul, prenant la parole, est frappé sur la bouche sur ordre du grand prêtre Ananie.

Paul connait bien l’institution du Sanhédrin et les courants qui s’y opposent. « Paul savait qu’il y avait là d’un côté le parti des Sadducéens, de l’autre celui des Pharisiens. Il s’écria donc dans le Sanhédrin : “Frères, je suis, moi, Pharisien, fils de Pharisiens. C’est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement.” À peine eut-il dit cela qu’un conflit se produisit entre Pharisiens et Sadducéens, et l’assemblée se divisa. » (Ac 23,6-7)

Lysias emmène Paul pour éviter qu’il ne se fasse écharper.

 

Sur les pas de Paul

Visite virtuelle d’une partie du Temple reconstitué et modélisé par ordinateur : 3 belles vidéos ; la dernière reprend des photos de la maquette de Jérusalem

 

 

Le parvis des « Gentils »

« Gentils », du latin Gentiles (les « nations »), est la traduction habituelle de l’hébreu Goyim, nations, qui finit par désigner les non-Juifs.

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Maquette du Temple – À droite avec les 4 tours : la forteresse Antonia – Musée de Jérusalem

Le Temple de Jérusalem possédait plusieurs parvis. En passant de l’un à l’autre, on accédait jusqu’au Saint des Saints. De l’extérieur vers l’intérieur, on trouve le parvis des gentils, le parvis des femmes, le parvis des hommes, le parvis des prêtres, puis dans le Sanctuaire, le Saint et enfin le Saint des Saints.

Le parvis des gentils est donc l’esplanade la plus extérieure, ouverte à tout homme. Au centre de ce parvis se trouve l’ensemble des bâtiments du Temple à proprement parler.

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Le « soreg », la balustrade entourant le sanctuaire – Maquette d’Alec Gerrard – Photo Geoff Robinson

Tout autour du Temple, sur ce parvis, se trouvait un mur bas, le « soreg ». Ce mur comportait des inscriptions en grec et en latin interdisant aux non-juifs de pénétrer plus avant : « Que nul étranger ne pénètre à l’intérieur de la balustrade et de l’enceinte autour du Sanctuaire. Celui donc qui serait pris serait cause (responsable envers lui-même) que la mort s’ensuivrait. »

L’accusation portée contre Paul est d’avoir fait franchir cette « balustrade » à Trophime l’Éphésien. Paul n’a évidemment pas enfreint cette interdiction, la connaissant très bien, et soucieux, justement, de ne pas heurter le judaïsme.

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Une pierre de la balustrade, retrouvée à Jérusalem, portant l’inscription en grec

Le discours de Paul à la foule
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La forteresse Antonia, vue de l’ouest – Musée de Jérusalem – C’est peut-être du haut de cet escalier, ou bien l’escalier symétrique, de l’autre côté, que Paul a raconté à la foule sa conversion au Christ

Je suis Juif. Né à Tarse en Cilicie, j’ai cependant été élevé ici dans cette ville, et c’est aux pieds de Gamaliel que j’ai été formé à l’exacte observance de la Loi de nos pères, et j’étais rempli du zèle de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui. J’ai persécuté à mort cette Voie, chargeant de chaînes et jetant en prison hommes et femmes, comme le grand prêtre m’en est témoin, ainsi que tout le collège des anciens. J’avais même reçu d’eux des lettres pour les frères de Damas, et je m’y rendais en vue d’amener ceux de là-bas enchaînés à Jérusalem pour y être châtiés.

Je faisais route et j’approchais de Damas, quand tout à coup, vers midi, une grande lumière venue du ciel m’enveloppa de son éclat. Je tombai sur le sol et j’entendis une voix qui me disait : Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? Je répondis : Qui es-tu, Seigneur ? Il me dit alors : Je suis Jésus le Nazôréen, que tu persécutes.

Ceux qui étaient avec moi virent bien la lumière, mais ils n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait. Je repris : Que dois-je faire, Seigneur ? Le Seigneur me dit : Relève-toi. Va à Damas. Là on te dira tout ce qu’il t’est prescrit de faire. Mais comme je n’y voyais plus à cause de l’éclat de cette lumière, c’est conduit par la main de mes compagnons que j’arrivai à Damas.

Il y avait là un certain Ananie, homme dévot selon la Loi et jouissant du bon témoignage de tous les Juifs de la ville ; il vint me trouver et, une fois près de moi, me dit : Saoul, mon frère, recouvre la vue. Et moi, au même instant, je pus le voir. Il dit alors : Le Dieu de nos pères t’a prédestiné à connaître sa volonté, à voir le Juste et à entendre la voix sortie de sa bouche ; car pour lui tu dois être témoin devant tous les hommes de ce que tu as vu et entendu. Pourquoi tarder encore ? Allons ! Reçois le baptême et purifie-toi de tes péchés en invoquant son nom.

De retour à Jérusalem, il m’est arrivé, un jour que je priais dans le Temple, de tomber en extase. Je vis le Seigneur, qui me dit : Hâte-toi, sors vite de Jérusalem, car ils n’accueilleront pas ton témoignage à mon sujet. – Seigneur, répondis-je, ils savent pourtant bien que, de synagogue en synagogue, je faisais jeter en prison et battre de verges ceux qui croient en toi ; et quand on répandait le sang d’Etienne, ton témoin, j’étais là, moi aussi, d’accord avec ceux qui le tuaient, et je gardais leurs vêtements. Il me dit alors : Va ; c’est au loin, vers les païens, que moi, je veux t’envoyer. (Ac 21,3-21)

Le vœu de nazir

Les quatre hommes désignés par Jacques, et que Paul accompagne, semblent avoir fait un vœu de nazir. Ce vœu est décrit au livre des Nombres 6,1-21. Le mot « nazir » signifie « consacré » au Seigneur, « mis à part ».

Le « nazir » s’engage, pour un temps donné ou bien pour tout sa vie, à :

  • s’abstenir de vin, de boisson alcoolisée, et de toute boisson ou nourriture issue de la vigne.
  • ne pas couper ses cheveux, en signe de consécration.
  • éviter tout contact avec un mort, même un membre de sa famille.

Au terme du temps de naziréat, le nazir doit offrir trois sacrifices : un agneau en sacrifice d’holocauste, une brebis en sacrifice pour le péché, et un bélier en sacrifice de paix, accompagné d’un panier de pains sans levain et de libations.

Dans le feu du sacrifice de paix, le nazir devait faire brûler sa chevelure, rasée juste auparavant.

Ce sont donc les frais de sacrifices que Paul prend en charge.

On remarque que lors de son second voyage, Paul « s’était fait tondre la tête à Cenchrées, à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18). Ce détail ne peut faire penser qu’au vœu de nazir. Pourtant Paul n’a pas pu brûler ses cheveux puisqu’alors il n’était pas à Jérusalem, mais près de Corinthe. On peut penser que sa conscience d’être libéré de la Loi par le Christ ne l’obligeait plus au détail des prescriptions, mais que dans une circonstance particulière, il avait gardé la pratique du naziréat comme moyen d’approfondir sa consécration au Christ.

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Dalila coupant les cheveux du nazir Samson (L’histoire de Samson est au livre des Juges chapitres 13 à 16 : cliquer sur la photo)

Le Sanhédrin

Le Sanhédrin est l’assemblée législative traditionnelle du peuple juif ainsi que son tribunal suprême qui siège normalement à Jérusalem. Son nom n’est pas d’origine hébraïque mais dérive du grec « sunédrion », signifiant « assemblée siégeante ».

Composé de soixante-et-onze sages experts en Loi Juive, il doit comporter vingt-trois membres pour décider en matière judiciaire ; il est alors nommé petit sanhédrin et siège dans les principales villes.

Le Sanhédrin interprétait et tranchait la Loi juive à partir de ses sources écrites et orales. Son travail de codification a abouti à la rédaction de la Mishna (commentaires de la Torah).

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Le sanhédrin – gravure d’une encyclopédie de 1883